L’objet du mois : Le travail de l’émail

Un peu d’histoire…

L’émail est un mélange de silice, potasse, soude et éventuellement oxydes métalliques colorés utilisé depuis la plus haute antiquité. On trouve des pièces émaillées dans les tombes pharaoniques, et ce sont les mêmes techniques qui seront employées à Byzance du Vème au XIème siècle. L’émail recouvre des sculptures, s’intègre dans des éléments de mobilier, sur des briques pour créer des décors colorés, mais est surtout utilisé à l’origine pour des objets liturgiques.

Diffusés à travers toute l’Europe, les émaux byzantins sont le modèle absolu de nombreux ateliers monastiques à partir du XIème siècle, et ceux de Limoges s’illustrent particulièrement dans la fabrication quasi en série d’objets liturgiques d’une grande préciosité. De l’Europe, la technique de l’émaillage est importée en Chine au XIVème siècle, puis de la Chine au Japon, avec quelques variantes.

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Roses et myosotis, Fauré Limoges, émail peint, début XXème

Après environ un siècle d’oubli en Europe, les émaux, peints cette fois, reviennent sur le devant de la scène à Limoges où ils connaissent un âge d’or aux XVème et XVIème siècle.  A l’époque moderne, l’Art Déco les remet à l’honneur en plaques, vases, coupes, boites… et les techniques ne changent pas !

Différents procédés et utilisations….

On peut d’abord utiliser l’émail comme un vernis : Le mélange de silice, potasse et soude qui le compose donne une composition vitrifiée, dont les potiers se servent depuis l’antiquité pour donner un effet vernis sur les faïences et porcelaines, et protéger le décor. Dans cette utilisation, qu’on retrouve aussi bien en Occident qu’en Orient, on l’appelle aussi couverte ou glaçure.

Les couleurs sont obtenues par l’adjonction d’oxydes métalliques au mélange décrit précédemment : oxyde de cobalt pour le bleu, oxyde de cuivre pour le rouge, le noir et le brun, oxyde de zinc pour le jaune, oxyde de chrome pour le vert, oxyde de manganèse pour le violet, étain pour le blanc. Une fois ce mélange refroidi, il est réduit en poudre puis humidifié pour obtenir une pâte qui peut être travaillée au pinceau, à la spatule ou à l’aiguille. Cette pâte est appliquée sur un support métallique selon deux techniques principales qui sont utilisées depuis l’antiquité :

  • L’émail cloisonné : Sur une plaque métallique, en général de l’or ou de l’argent
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    Petite boite en émaux cloisonnés, Japon

    pour les objets liturgiques, il faut souder un réseau de minces cloisons suivant le dessin voulu. Les espaces créés par ces cloisons sont ensuite remplis d’émail liquide coloré. L’avantage des cloisons est qu’elles empêchent les couleurs de « couler », et de se mélanger lors de la cuisson. Lorsque les émaux sont apposés en fines couches, ils sont translucides et laissent se diffuser la lumière du fond doré ou argenté.

 

  • L’émail champlevé : On utilise une plaque métallique épaisse, en général du cuivre, dans laquelle on creuse au burin des alvéoles de la forme du dessin voulu, qu’on remplit par la suite d’émail liquide. Il faut ensuite un temps de séchage, suivi d’un réchauffement pour que les poudres colorées adhèrent au support. Enfin le tout est recouvert d’un moufle puis de charbon de bois pour une cuisson à 800 – 900°C. Lorsque le moufle est rouge, il faut arrêter la cuisson et laisser refroidir doucement, car le moindre choc thermique briserai l’émail. Pour finir, l’émail est poli et on peut ajouter de la dorure.

Zoom sur la technique des émaux peints

Tombé en désuétude au XIVème siècle, l’utilisation de l’émail connait un souffle nouveau à Limoges à partir du XVème siècle avec les émaux peints, dont la technique est légèrement différente….

Il faut d’abord emboutir la plaque de cuivre pour lui donner une forme légèrement bombée qui résiste aux différentes cuisson, et la marteler pour la rigidifier. La plaque est ensuite recouverte des deux côtés par une couche d’émail unie, généralement sombre, et subit une première cuisson. La couche du revers, appelée contre-émail, évite les déformations de la plaque lors des cuissons suivantes ainsi que la corrosion du métal.

Les couleurs sont ensuite apposées au pinceau et cuites une par une, en commençant par celles qui supportent les plus hautes températures. Donc plus on a de couleurs sur une pièce émaillée, plus elle demande de temps et de cuissons différentes, pour que les couleurs ne se mélangent pas et ne perdent pas leur vivacité ! Le rouge par exemple a été difficile à maitriser, virant au gris si la température de cuisson n’est pas bonne…

Pour les émaux en grisaille, c’est-à-dire en camaïeu de gris sur fond noir, la technique diffère encore légèrement : sur la base noire, il faut apposer une couche d’émail blanc qui est cuite à son tour, puis grattée très légèrement à l’aide d’une aiguille métallique ou d’une spatule pour obtenir le dessin voulu en nuances de gris et de blanc sur le fond noir qui apparait… La pièce peut être ensuite cuite une troisième fois pour rajouter quelques touches d’émail afin d’obtenir un modelé plus doux.

En France, les ateliers de Limoges sont restés les plus actifs au XXème siècle avec des productions de plaques d’émaux peints décoratives reprenant parfois des sujets de tableaux célèbres, ou des compositions originales d’artistes comme Camille Fauré qui créé aussi des vases et autres pièces de forme. En Chine et au Japon, on trouve une vaste production d’émaux cloisonnés encore aujourd’hui, qui connaissent un grand succès auprès des amateurs.

A gauche, exemples de cloisonnement sur un vase japonais du XIXème siècle ;
A droite, une coupelle contemporaine à décor géométrique émaillé de Miguel Pineda

 

 

 

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